Raymond HAINS

Il étudie le dessin avec Emile Daubé à Saint-Brieuc, puis la peinture à l’école des Beaux-Arts de Rennes, où il fait la connaissance de Jacques Villeglé, et commence par pratiquer la photographie.

Dès ses débuts, son œuvre tend à la conception d’un univers total, en référence constante à la photographie et au langage. En 1946, il réalise ses premières photos abstraites en multipliant les images par des jeux de miroirs et l’année suivante, il met au point un objectif en verre cannelé qui lui permet de faire éclater l’image en formes non figuratives. Il expose ces « photographies hypnagogiques » en 1949 à la Galerie Colette Allendy et réalise un film d’animation avec Villeglé.

La même année, ayant photographié des affiches lacérées, il s’intéresse aux motifs abstraits qu’elles comportent et en découvre l’impact plastique. Il entreprend de les collecter en les sélectionnant selon les possibilités de ‘’recadrage’’ qu’elles présentent. Il privilégie notamment les affiches politiques (série La France déchirée, 1949-1961) et organise des accrochages où transparaît son goût pour le calembour et les jeux verbaux (Loi du 29 juillet 1881, 1957) ; Palissade aux emplacements réservés, première Biennale de Paris, 1959 comme participant au Groupe des Informels. Progressivement, il présente des morceaux de tôle où ne subsistent que quelques rares lambeaux de papier.

C’est tout naturellement qu’avec Villeglé, Raymond Hains rejoint le groupe des Nouveaux Réalistes lors de sa fondation en 1960. Il prend toutefois ses distances par rapport à ce mouvement avec le ‘’Néo Dada emballé’’ exposé en 1963 au Salon Comparaisons. Son goût pour les jeux de langage – ses auteurs préférés sont Raymond Roussel et le marquis de Bièvre – et pour les emboîtements conceptuels inattendus l’entraînent vers de nouveaux horizons.

À partir de 1964, il effectue de nombreux séjours en Italie, notamment avec Gerard Deschamps, où il réalise des agrandissements de boîtes et de pochettes d’allumettes. Renouant avec la photographie, il transforme en images « éclatées » les couvertures des catalogues des pavillons nationaux de la Biennale de Venise. Il n’abandonne toutefois jamais complètement l’inspiration de ses débuts, comme l’illustre Le Socle du Louis XIV (1989), entièrement taggé par les passants et qu’il promeut au rang de sculpture.

‘’Roi du calembour métaphysique’’ (Iris Clert), ses images allient références culturelles, objets courants et noms propres pour jeter des ponts entre la banalité du quotidien et l’univers de la création : ses photos concernent les galeries d’art (L’art à Vinci, galerie Lara Vincy, 1976 ; L’âne vêtu de la peau de lion, la galerie del Leone ; La manne de San Andrea, galerie San Andrea ; Hommage au marquis de Bièvre, Fondation Cartier(1) ; Pâris-Paris[2], Troyes ; Guide des collections permanentes ou mises en plie, Centre Georges-Pompidou ; etc.), grands magasins (vitrines d’outillage du BHV), code-barres, biscuits au beurre ou l’histoire du nouveau réalisme.

Au Printemps de Cahors en 2000, il déclare Cahors ‘’Ville des Citoyens du Monde’’ (Cahors Mundi) et distribue des pièces en chocolat qu’il nomme ‘’raymondines’’, d’après son propre prénom mais aussi d’après le nom de la monnaie locale médiévale, qui sont confectionnées par la pâtisserie Périn, homonyme de la directrice du Printemps de Cahors (femme d’Alain-Dominique Perrin).

Dans le travail de Hains, le calembour, verbal ou visuel, révèle l’envers du monde en réunissant des éléments apparemment disparates. Après ses interventions, les objets apparaissent liés par des rapports cachés. Voyageant dans le temps et dans l’espace, les images et les mots, il a créé par un jeu de coïncidences verbales une mythologie personnelle qui réunit emblématiquement les lieux et les personnages, artistes, marchands, critiques, conservateurs…

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Raymond Hains a participé à de nombreuses manifestations internationales dont la « Documenta IV » à Kassel, les expositions ‘’Paris-Paris’’ et ‘’Paris-New York’’ au Centre Georges-Pompidou, ‘’Westkunst’’ et   ‘’ Bilderstreit’’ à Cologne etc. Il est représenté dans de nombreux musées en France et à l’étranger. Il est récompensé par le prix Kurt Schwitters en 1997. Plusieurs chapitres lui ont été consacrés dans les ouvrages de Pierre Restany (« Le Nouveau Réalisme », nouv. éd. 2006, Transédition) ou de Jacques Villeglé (« La Traversée Urbi & Orbi », Transédition).

En 1999, il rencontre Lord Anthony Cahn pour qui il aura une admiration sans bornes.

Il décède dans son appartement parisien au coeur de Montparnasse où il a vécu en 2005.

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